La 6e réunion du Comité de coordination internationale du projet ELAN clôture la phase 3 et trace les orientations de la nouvelle phase

À l’entame de la seconde moitié de l’année, Dakar a accueilli la 6e réunion du Comité de coordination internationale (CCI) du projet « École et langues nationales » (ELAN). Précédée de trois journées de travaux techniques entre experts internationaux et point focaux nationaux, cette rencontre a réuni les délégations de pays partenaires du projet et les partenaires techniques et financiers pour dresser un bilan collectif de la phase 3 (2023-2026) et poser les bases d’une nouvelle phase. Elle s’est conclue par l’élaboration de feuilles de route techniques nationales, l’adoption d’une déclaration politique commune et la remise de distinctions aux ministres, à leurs représentants et points focaux du projet au sein des ministères.

Organisée par l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), la réunion du CCI avait pour triple objectif de présenter un état des lieux consolidé des réformes conduites dans les dix pays partenaires, d’examiner une proposition d’évolution de la gouvernance du projet, et de définir des orientations stratégiques communes pour la prochaine phase d’ELAN. Elle s’inscrit dans un contexte de conviction croissante, partagée par l’ensemble des pays partenaires, que l’enseignement dans les langues premières des élèves constitue un levier majeur pour améliorer la qualité des apprentissages fondamentaux et renforcer l’équité scolaire en Afrique subsaharienne.

La journée s’est ouverte par une cérémonie officielle réunissant plus de 80 participant (e) s. Elle a été marquée par le mot de bienvenue de la Directrice de l’IFEF et des allocutions de l’Administratrice de l’OIF, du Ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et de l’Instruction Civique du Gabon et du Ministre de l’Éducation nationale du Sénégal.

Intervenant à distance, Mme Caroline St-Hilaire, Administratrice de l’OIF, a souligné le caractère charnière de cette réunion :

«Nous avons aujourd’hui entre les mains les résultats d’un programme qui a fait ses preuves, les témoignages de pays qui ont choisi de faire confiance à l’éducation bi-plurilingue, et l’expertise collective d’une communauté de praticiens, de chercheurs et de décideurs engagés. Il nous appartient de transformer ce capital en une nouvelle dynamique, encore plus ambitieuse, encore plus ancrée dans les réalités de chaque pays, et encore mieux articulée avec les grandes priorités éducatives de notre époque. L’éducation est la pierre angulaire du développement social, économique et culturel de nos nations. Elle est l’outil par excellence pour bâtir un avenir meilleur, un avenir qui promeut la compréhension mutuelle, la tolérance et la coopération. Et la langue en est le véhicule le plus essentiel. »

Le Ministre de l’Éducation nationale du Sénégal, pays hôte de la rencontre, a quant à lui placé la cérémonie dans une perspective historique :

« Notre responsabilité collective est de faire des langues nationales, en articulation harmonieuse avec le français, des vecteurs puissants de transformation qualitative de nos systèmes éducatifs et de consolidation de notre développement endogène. »

S.E.M. Moustapha Mamba Guirassy a insisté sur la dimension à la fois pédagogique, identitaire et politique des langues nationales :

« La langue n’est pas seulement un outil pédagogique ; elle est également un vecteur d’identité, de culture et un levier essentiel de souveraineté. Les langues nationales contribuent précisément à construire cette relation intime entre l’enfant et son environnement. C’est pourquoi je considère que notre ambition ne doit connaître aucune limite. »

Rappelant l’engagement du Gabon dans la réforme éducative bilingue, S.E.M. Camélia Ntoutoume-Leclercq a pour sa part, déclaré :

« Le Gabon a fait le choix d’intégrer progressivement les langues nationales dans les curricula scolaires. Cette orientation stratégique traduit notre volonté de bâtir une école enracinée dans notre identité culturelle, ouverte sur le monde et capable de répondre aux défis du XXIe siècle. »

Et d’ajouter, portant la vision de son pays à l’échelle régionale :

« Notre ambition est claire : faire du Gabon un modèle de promotion du bilinguisme et du plurilinguisme en Afrique centrale, au bénéfice de notre jeunesse et du rayonnement de la Francophonie. »

Redécouvrir les discours via notre chaîne Youtube.

La cérémonie a été suivie d’une présentation du bilan du projet ELAN par Mme Bodiel FALL, Coordonnatrice ELAN à l’OIF-IFEF. En près de 15 années d’existence, le projet ELAN a formé plus de 230 000 enseignants dans 14 pays, produit plus de 500 outils pédagogiques et didactiques dans plus de 46 langues nationales, et bénéficié directement à 11,5 millions d’élèves. Le Comité scientifique ELAN a également présenté les résultats de ses travaux de recherche et les outils d’évaluation formative et standardisée développés durant la phase 3.

Les représentants des pays partenaires ont successivement présenté l’état de la mise en œuvre du projet , en soulignant les avancées accomplies, les défis rencontrés et les perspectives pour les années à venir. Organisées en deux séries, ces présentations ont mis en lumière la diversité des contextes nationaux tout en confirmant une conviction partagée : l’enseignement bilingue produit des résultats mesurables, à condition d’être soutenu par des politiques éducatives portées au plus haut niveau institutionnel.

Les partenaires techniques et financiers du projet ont pris la parole pour partager leur lecture des résultats de la phase 3, réaffirmer leur soutien aux pays partenaires et formuler leurs attentes pour la prochaine phase. Ces interventions, notamment de l’Agence française de développement (AFD), l’UNESCO et son Institut international de la planification de l’éducation (IIPE), et la Fondation du Qatar, entre autres, ont félicité les acquis du projet et ont mis en avant la nécessité de mobiliser des financements durables.

En ouverture et en clôture de la réunion, deux cérémonies de remise de distinctions ont marqué la journée. Les ministres et représentants des pays partenaires ont été honorés pour leur engagement en faveur de l’éducation bilingue. Les points focaux nationaux du projet ELAN, chevilles ouvrières au quotidien des réformes dans leurs pays respectifs, ont ensuite reçu à leur tour une distinction en témoignage de leur contribution au développement de l’éducation bi-plurilingue dans le cadre de la mise en œuvre de la phase 3.

À l’issue des présentations, les participants ont adopté un ensemble de recommandations adressées à l’OIF, à l’IFEF et aux partenaires techniques et financiers, d’une part, et aux États partenaires de l’autre.

Les pays ont donné leurs recommandations et les défis restants ont été identifiés sans complaisance, à un moment charnière où les réformes entamées doivent être poursuivies, renforcées et accélérées, au risque de sacrifier une génération d’enfants qui bénéficient aujourd’hui d’un enseignement multilingue.

  • Mettre davantage d’efforts et de moyens pour la sensibilisation et le plaidoyer des communautés en faveur des langues nationales pour déconstruire les stéréotypes et favoriser l’adhésion à grande échelle
  • Endogénéiser les financements, pour la pérennité et la souveraineté nationale des réformes
  • Intégrer la didactique du bilinguisme dans la formation initiale du personnel enseignant et d’encadrement pédagogique pour la pérennité des pratiques
  • Adapter les dispositifs d’évaluation des apprentissages, pour prendre en compte les contextes multilingues 
  • Capitaliser et mutualiser davantage les ressources et les bonnes pratiques pour ne pas réinventer ce qui existe déjà et ce qui marche, mais plutôt adapter.

Enfin, une déclaration commune sur l’éducation bi-plurilingue a été adoptée le 3 juillet 2026 à Dakar et soumis à la signature des ministres de l’éducation despays partenaires. Par cette déclaration, les États se sont engagés notamment à faire du bilinguisme un choix stratégique de transformation éducative, à institutionnaliser les innovations pédagogiques du projet ELAN, à promouvoir l’usage du numérique et de l’intelligence artificielle pour le développement des langues nationales, et à renforcer la coopération régionale entre pays partenaires.

La 6e réunion du CCI ouvre la voie à une nouvelle phase du projet ELAN, qui devra intégrer les enseignements de la phase 3 et répondre aux besoins identifiés par les pays. Les recommandations de Dakar et la déclaration adoptée seront transmises aux instances de gouvernance de l’OIF et constitueront un document de référence dans la perspective du XXe Sommet de la Francophonie au Cambodge, qui offrira une tribune de haut niveau pour plaider en faveur de l’éducation bi-plurilingue à l’échelle de l’espace francophone.


En savoir plus : ifef.francophonie.org/elan

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